Bureautique de l'État : la Cour des comptes veut sortir de Microsoft
L'État a dépensé 100 M€ en 2025 pour ses outils bureautiques et collaboratifs, et plus de la moitié de ce budget va à Microsoft. Dans un rapport publié le 22 octobre 2026, la Cour des comptes recommande une bascule vers le logiciel libre : une suite libre en cloud pourrait éviter jusqu'à 130 M€ de dépense annuelle.

L'essentiel
- L'État a dépensé 100 M€ en 2025 pour ses outils bureautiques et collaboratifs, soit moins de 2 % de son budget informatique, selon la Cour des comptes.
- Plus de la moitié de ce budget va à Microsoft, et 80 % des 61 M€ de licences vont à Microsoft et à Bleu, d'après Silicon.fr.
- Une suite libre en cloud qualifiée SecNumCloud éviterait jusqu'à 130 M€ de dépense annuelle par rapport à une solution propriétaire, estime la Cour.
- La Cour recommande un plan de migration de trois à quatre ans vers le logiciel libre, piloté par la DINUM.
- La Suite de la DINUM ne remplace pas encore Microsoft 365 : elle n'offre pas de tableur ni de logiciel de présentation équivalents, selon Silicon.fr.
La Cour des comptes a publié le 22 octobre 2026 un rapport sur la suite bureautique de l'État français, saisie après une campagne d'initiative citoyenne de septembre 2024. Elle constate que Microsoft Office reste le standard dans les ministères, que plus de la moitié des budgets va à Microsoft, et recommande de converger vers des logiciels libres en cloud souverain. Le rapport porte sur environ 860 000 postes de travail des administrations centrales et déconcentrées.
Que couvre le rapport sur la suite bureautique de l'État ?
Le rapport couvre les suites bureautiques (traitement de texte, tableur, présentations) et les logiciels collaboratifs (messageries, visioconférences, partage de documents) des ministères, soit environ 860 000 postes selon la Cour. Elle exclut les opérateurs de l'État, la sécurité sociale, les hôpitaux et les collectivités.
Selon Silicon.fr, onze ministères sont concernés et quatre concentrent l'essentiel des postes : l'Intérieur, les Armées, l'Économie et les Finances, et la Justice. Les 850 000 enseignants n'ont pas d'ordinateurs gérés par l'administration, seuls 30 000 postes administratifs de l'Éducation nationale étant comptés.
Pourquoi chaque ministère fait-il son propre choix ?
L'organisation numérique de l'État repose historiquement sur une forte autonomie des ministères, ce qui a produit des outils très hétérogènes, explique la Cour. Cette autonomie a permis à chaque administration de répondre à ses contraintes propres, mais elle a entraîné une importante hétérogénéité des outils.
L'État a ensuite resserré les règles : interdiction de Microsoft 365 en 2021, encadrement des visioconférences et messageries instantanées à partir de 2023, contrôle des achats numériques en 2025 et 2026. Sur le terrain, la Cour parle pourtant d'une réalité fragmentée.
D'après Silicon.fr, qui détaille le rapport, trois situations coexistent :
- Microsoft Office installé sur les serveurs ou les postes, la situation majoritaire, avec des licences limitées dans certains ministères (10 % des postes de l'Intérieur hors gendarmerie, 40 % à la Transition écologique).
- Microsoft 365 en cloud, utilisé par les ministères sociaux, la Culture, la DGAC, la DILA, ainsi que pour les besoins de l'OTAN et des Armées.
- Le logiciel libre, adopté par la gendarmerie (LibreOffice, GendBuntu déployé sur 72 000 ordinateurs) et par la DGFiP, qui utilise LibreOffice et Thunderbird depuis la fin des années 2000.
Microsoft 365 est interdit, mais des dérogations existent
Le recours à Microsoft 365 est en principe proscrit dans l'administration depuis 2021, mais des dérogations temporaires existent. Silicon.fr indique que les données y sont hébergées sur des serveurs soumis aux lois extraterritoriales américaines (CLOUD Act) et que le service n'est pas qualifié SecNumCloud.
Selon le même média, le Premier ministre a validé des dérogations pour les ministères sociaux et la Culture, en invoquant cybersécurité et modernisation. La plupart envisagent de passer à l'offre Bleu, portée par Capgemini et Orange sur des technologies Microsoft, dès qu'elle sera qualifiée SecNumCloud. La Cour relève que cette qualification, cinq ans après l'annonce de l'offre, n'est toujours pas acquise (information rapportée par Silicon.fr).
Qui encaisse l'argent de la bureautique d'État ?
Microsoft encaisse la plus grande part : la Cour établit que plus de la moitié des budgets de ces outils sert à acheter des licences et des prestations auprès de la société. Les dépenses ont atteint 100 M€ en 2025, soit moins de 2 % du budget informatique de l'État.
Selon Silicon.fr, elles étaient de 67 M€ en 2021. Les 100 M€ de 2025 se répartissent ainsi :
| Poste | Montant en 2025 |
|---|---|
| Licences logicielles | 61 M€ (dont 80 % vers Microsoft et Bleu) |
| Prestations informatiques | 26 M€ |
| Masse salariale interne | 13 M€ |
Le coût moyen ressort à 87 € par poste et par an, avec des écarts forts : 20 € à l'Intérieur, qui utilise du libre, contre 378 € à la Culture, qui a souscrit à Microsoft 365. La Cour souligne aussi un suivi peu rigoureux des crédits par les ministères, ce qui complique le pilotage.
Combien le logiciel libre ferait-il économiser ?
Selon Silicon.fr, la Cour estime que généraliser les logiciels libres installés localement économiserait entre 30 et 65 M€ par an. En cloud, une suite libre qualifiée SecNumCloud (environ 100 € par poste et par an) éviterait un surcoût annuel de 130 M€ face à Microsoft 365 ou Bleu (environ 250 €).
La Cour précise que la transition prendrait du temps, et que le gain serait plus important si elle s'étendait aux opérateurs de l'État. Les agents se disent plutôt satisfaits de leurs outils, propriétaires ou libres. Le point de vigilance est l'accompagnement : passer à des outils plus collaboratifs demande un soutien constant des directions du numérique.
La Suite numérique peut-elle remplacer Microsoft ?
Pas en l'état, d'après la Cour. La Suite, dont le développement a été initié en 2023 par la direction interministérielle du numérique (DINUM) selon la Cour, a coûté 39,6 M€ cumulés entre 2021 et 2025 selon Silicon.fr (qui retient 2021 comme début de la période). Elle regroupe Tchap (368 000 utilisateurs actifs fin 2025), Visio, France Transfert, Messagerie et Fichiers.
Toujours selon Silicon.fr, elle ne propose ni application installable en local, ni tableur et logiciel de présentation équivalents à Excel et PowerPoint. Ses modules Docs et Grist couvrent la coédition et la gestion de données légères. La Cour reconnaît son utilité, certains de ses outils étant déjà obligatoires, mais demande de les améliorer.
Quelles recommandations, et quelles échéances ?
La Cour recommande de lancer une stratégie de bascule progressive vers les logiciels libres en mode cloud, pilotée par la DINUM avec les ministères. Elle adresse au Premier ministre quatre recommandations, dont certaines sont à engager dès 2027 :
- d'associer davantage les ministères à la feuille de route et à la gouvernance de La Suite dès 2027 ;
- d'intégrer les outils bureautiques et collaboratifs dans la gouvernance interministérielle de la DINUM ;
- selon Silicon.fr, de faire reposer davantage La Suite sur les entreprises du logiciel libre ;
- de prévoir un plan pluriannuel de migration de trois à quatre ans au maximum.
Les réponses des administrations figurent dans le rapport complet, que la page de la Cour ne détaille pas. Les recommandations ne s'imposent pas : c'est au Premier ministre et aux ministères de décider de les suivre.
Vos questions
Quelle suite bureautique l'État français utilise-t-il ?
Microsoft Office reste le standard dans les ministères, selon la Cour des comptes. Selon Silicon.fr, trois situations coexistent : Office installé sur les serveurs ou les postes (majoritaire), Microsoft 365 en cloud dans certains ministères, et le logiciel libre à la gendarmerie (LibreOffice, GendBuntu) et à la DGFiP.
Combien l'État dépense-t-il pour sa bureautique ?
L'État a dépensé 100 M€ en 2025 pour ses outils bureautiques et collaboratifs, soit moins de 2 % de son budget informatique, selon la Cour des comptes. Plus de la moitié de ce budget va à Microsoft, et 80 % des 61 M€ de licences vont à Microsoft et à Bleu, d'après Silicon.fr.
Le logiciel libre ferait-il économiser de l'argent à l'administration ?
Oui, selon la Cour des comptes. D'après Silicon.fr, généraliser les logiciels libres installés localement économiserait entre 30 et 65 M€ par an. Une suite libre en cloud qualifiée SecNumCloud éviterait jusqu'à 130 M€ de dépense annuelle par rapport à une solution propriétaire.
La Suite de la DINUM peut-elle déjà remplacer Microsoft ?
Non, pas en l'état, d'après la Cour. Selon Silicon.fr, elle n'offre ni application installable en local, ni tableur et logiciel de présentation équivalents à Excel et PowerPoint. La Cour reconnaît toutefois son utilité et demande d'améliorer ses outils.
Sources & Références
- Cour des comptes — Les outils bureautiques et collaboratifs au sein de l'Etat, 22 octobre 2026 source principale
- Silicon.fr — Bureautique de l'État la Cour des comptes plaide pour le logiciel libre source complémentaire
- Photo — Une Microsoft Surface Pro avec clavier, dont l'écran affiche les icônes des applications de Microsoft 365. KK IN HK, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons. Choisie et vérifiée par IA (pertinence, légende fidèle à la description du fichier, licence libre).
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Citer cet article : Rupturat, « Bureautique de l'État : la Cour des comptes veut sortir de Microsoft », 23 octobre 2026, rupturat.com/tech/suite-bureautique-etat-cour-des-comptes-logiciel-libre/.
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