Société

Ultradroite violente : la France peut réutiliser ses outils antijihadistes

Radicalisation djihadiste et radicalisation d'ultradroite suivent des mécanismes proches, selon le chercheur Elyamine Settoul. La France a bâti en dix ans un arsenal de prévention contre le premier, mais la réponse à l'ultradroite violente reste moins structurée.

L'essentiel

  1. Le 25 septembre, selon The Conversation, Loïk Le Priol a été condamné à 26 ans de réclusion et Romain Bouvier à 19 ans pour la mort de Federico Martin Aramburu, une condamnation également rapportée par France 3 Régions.
  2. Selon le chercheur Elyamine Settoul, djihadisme et ultradroite diffèrent par leurs idéologies mais partagent des mécanismes de radicalisation comme la restauration de l'estime de soi et la nostalgie d'un passé mythifié.
  3. Seize attentats ou projets d'attentats imputables à l'ultradroite ont été déjoués en France depuis 2017.
  4. La France a structuré sa prévention antijihadiste à partir de 2014, puis du plan « Prévenir pour protéger » de 2018 (vingt ministères, soixante mesures).
  5. Settoul juge la réponse à l'ultradroite violente moins structurée en matière de prévention et de désengagement.

La France dispose, après dix ans de lutte contre le djihadisme, de dispositifs de prévention et de désengagement bien plus structurés que la réponse apportée à l'ultradroite violente. C'est l'argument développé par Elyamine Settoul, chercheur, dans The Conversation le 23 octobre 2026, à partir d'entretiens menés auprès de personnes engagées dans les deux mouvances. Il intervient après plusieurs affaires récentes liées à l'ultradroite.

Ce qui s'est passé ces dernières semaines

Selon The Conversation, Loïk Le Priol et Romain Bouvier ont été condamnés le 25 septembre à 26 et 19 ans de prison, le premier pour le meurtre de l'ancien rugbyman argentin Federico Martin Aramburu, le second pour tentative de meurtre. Selon France 3 Régions, c'est la Cour d'assises de Paris qui a jugé les faits, survenus en mars 2022. Selon France 3 Régions, les deux hommes sont décrits comme proches de l'ultradroite et du GUD, dissous en 2024, et fascinés par les armes à feu et les thèses racistes. La Cour n'a pas retenu la préméditation.

Fin août 2026, un policier des Yvelines, soupçonné de préparer une action terroriste et présenté comme proche de l'ultradroite, a été mis en examen et placé en détention provisoire. Un adolescent de 15 ans a ensuite été interpellé à Lyon, soupçonné d'avoir préparé une action violente contre un lycée. Settoul rappelle que ces affaires sont différentes et doivent être traitées comme telles.

Pourquoi djihadisme et ultradroite se ressemblent dans la radicalisation

Selon Settoul, les idéologies diffèrent profondément, mais certains mécanismes biographiques se recoupent : désir d'héroïsation, restauration de l'estime de soi, nostalgie d'un passé mythifié. Comparer, précise-t-il, ne revient pas à assimiler.

Premier mécanisme, la restauration narcissique. Chez certaines personnes rencontrées, l'engagement retravaille des expériences d'humiliation, de déclassement ou d'insignifiance. L'idéologie transforme alors une blessure individuelle en injustice collective. Un ancien identitaire lui a dit : « Avec cet engagement, j'étais devenu un vrai leader ». Un ancien de l'EI : « je pensais rejoindre un grand projet et avoir un rôle dans l'Histoire ». Ces expériences ne mènent pas mécaniquement à la radicalisation, souligne le chercheur.

Second mécanisme, un horizon idéalisé. Les univers djihadistes peuvent mobiliser l'image d'un califat unifié, ceux de l'ultradroite celle d'une Europe ethniquement homogène, blanche et chrétienne. Le présent est lu comme décadence, le passé comme grandeur perdue, l'avenir comme restauration, ce que Zygmunt Bauman appelait la « rétrotopie ».

Le rôle du numérique

Les environnements en ligne exposent, parfois successivement, à des contenus complotistes, masculinistes, racistes, néonazis ou accélérationnistes, ces derniers misant sur l'aggravation du chaos pour précipiter l'effondrement du système. L'expression « salad bar extremism » décrit des acteurs qui puisent dans plusieurs univers, parfois contradictoires.

Les trajectoires peuvent procéder par agrégation : recommandations algorithmiques, forums, messageries privées, vidéos courtes. Un militant d'ultradroite a reconnu à la propagande djihadiste un pouvoir d'attraction : « même si tu n'es pas musulman, c'est attirant ». Pour éducateurs, renseignement ou magistrats, la frontière entre conviction et provocation n'est pas toujours simple à tracer.

Une prévention construite tardivement face au djihadisme

La France n'a commencé à structurer une politique publique de prévention de la radicalisation djihadiste qu'à partir de 2014, avec les départs vers la Syrie et l'Irak. Les attentats de 2015 ont changé l'échelle : formation des professionnels, cellules préfectorales, dispositifs de signalement, programmes de désengagement. En 2018, le plan « Prévenir pour protéger » a mobilisé vingt départements ministériels autour de soixante mesures.

Settoul en tire une leçon : une grande partie des outils a été construite alors que la menace était déjà manifeste. Après les attentats de 1995-1996, une longue accalmie a laissé croire à un éloignement durable, jusqu'aux crimes de Mohammed Merah en 2012. Il n'y a pas eu d'attentat de masse d'ultradroite en France, mais le 31 mai 2025, à Puget-sur-Argens, Hichem Miraoui a été tué dans une attaque raciste et antimusulmane dont s'est saisi le Parquet national antiterroriste. Seize attentats ou projets d'attentats imputables à l'ultradroite ont été déjoués depuis 2017.

Une réponse publique asymétrique

Contre le djihadisme, la France compte désormais des référents radicalisation, des médiateurs du fait religieux en prison, des psychologues et éducateurs spécialisés, des quartiers d'évaluation et de prise en charge de la radicalisation et des programmes individualisés comme le PAIRS. Contre l'ultradroite violente, la réponse est moins structurée, notamment pour la prévention et le désengagement. Selon Settoul, renseignement et administration pénitentiaire accordent toutefois une attention accrue à ces profils.

Il cite un militant d'ultradroite sorti de détention après une lourde condamnation sans programme spécialisé de désengagement. Sa question : que propose-t-on à quelqu'un qui veut prendre ses distances ?

Ce que propose le chercheur

Settoul ne demande pas de créer une nouvelle bureaucratie, mais de transposer les acquis antijihadistes : mieux repérer les processus de déclassement, d'humiliation, de restauration personnelle, de socialisation numérique et d'hybridation idéologique. Il précise que prévenir ne signifie ni surveiller une opinion ni criminaliser un électorat : la politique publique doit commencer là où apparaissent des discours apologétiques de haine ou des velléités de passage à la violence.

Ces questions rejoignent le malaise social décrit dans notre analyse sur la colère sociale avant la présidentielle 2027, Ces questions rejoignent le malaise social décrit dans notre analyse sur la colère sociale avant la présidentielle 2027.

Vos questions

Combien de projets d'attentats d'ultradroite ont été déjoués en France ?

Seize attentats ou projets d'attentats imputables à l'ultradroite ont été déjoués depuis 2017, selon Elyamine Settoul dans The Conversation. Le chercheur rappelle aussi qu'une menace se mesure aux projets déjoués et aux trajectoires, pas seulement aux morts.

Qu'ont en commun la radicalisation djihadiste et celle d'ultradroite ?

Elles partagent certains mécanismes, selon Elyamine Settoul : désir d'héroïsation, restauration de l'estime de soi après une humiliation ou un déclassement, nostalgie d'un passé mythifié. Leurs idéologies et leurs généalogies restent profondément différentes.

Existe-t-il des programmes de désengagement pour l'ultradroite en France ?

La réponse est moins structurée que pour le djihadisme, selon Elyamine Settoul. Renseignement et administration pénitentiaire accordent une attention accrue à ces profils, mais un militant a été libéré sans programme spécialisé de désengagement.

Sources & Références

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Citer cet article : Rupturat, « Ultradroite violente : la France peut réutiliser ses outils antijihadistes », 25 octobre 2026, rupturat.com/societe/ultradroite-violente-radicalisation-prevention-djihadisme/.

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