Dans l'espace, les herpèsvirus se réveillent chez les astronautes
Chez les astronautes de l'ISS, des virus latents comme l'herpès, le zona ou l'Epstein-Barr se réactivent ou sont détectés plus fréquemment et plus longtemps pendant les missions. La micropesanteur n'est pas forcément seule en cause : stress, rayonnements et sommeil perturbé peuvent se combiner, ce qui complique la préparation des missions vers Mars.

L'essentiel
- Sophie Adenot est revenue sur Terre le 8 octobre 2026 après 237 jours sur l'ISS et estime que l'être humain « n'est pas prêt pour aller sur Mars ».
- Selon une étude de la Nasa publiée en 2019, 61 % des astronautes de longues missions sur l'ISS (14 sur 23) ont excrété des herpèsvirus dans leur salive ou leurs urines.
- Seuls six astronautes de l'étude ont eu des symptômes, tous mineurs, d'après Satish Mehta.
- Les données actuelles ne prouvent pas que la micropesanteur agit seule : rayonnements, stress, confinement et sommeil perturbé jouent aussi, selon Emmanuel Drouet.
- Selon Satish Mehta, la vaccination idéale n'est pour l'instant disponible que contre la varicelle ; les chercheurs travaillent sur des traitements ciblés.
Revenue sur Terre le 8 octobre 2026 après 237 jours à bord de l'ISS, l'astronaute européenne Sophie Adenot a déclaré que l'être humain « n'est pas prêt pour aller sur Mars ». Parmi les obstacles médicaux, il y a le système immunitaire : selon Emmanuel Drouet, dans The Conversation, des virus qui dorment dans le corps se réveillent plus facilement pendant les séjours spatiaux.
Que se passe-t-il chez les astronautes de l'ISS ?
Des équipes de la Nasa ont documenté dès les années 2000 la réactivation de plusieurs herpèsvirus humains chez des astronautes, selon Emmanuel Drouet. Sur des équipages de l'ISS, la fréquence et la durée de détection de l'ADN de l'EBV, du VZV et du CMV augmentent pendant les missions.
Une étude de la Nasa publiée en 2019 dans Frontiers in Microbiology, rapportée par CNN, chiffre le phénomène. Une étude de la Nasa publiée dans Frontiers in Microbiology, rapportée par CNN en 2019, chiffre le phénomène. Sur 89 astronautes de vols courts en navette, 47 (53 %) ont excrété des herpèsvirus dans la salive ou les urines. Sur 23 astronautes de missions longues sur l'ISS, ils étaient 14 (61 %).
Selon Satish Mehta, auteur principal, ces fréquences et ces quantités sont nettement plus élevées qu'avant ou après le vol, ou chez des témoins en bonne santé. L'amplitude, la fréquence et la durée de l'excrétion augmentent avec la durée du vol.

Pourquoi des virus dormants se réveillent-ils en vol ?
Les herpèsvirus ne sont jamais éliminés après une première infection : ils restent latents, et le système immunitaire les maintient sous contrôle sans pouvoir les supprimer. Le virus Epstein-Barr (mononucléose) persiste dans les lymphocytes B, le virus de la varicelle et du zona dans les neurones sensitifs. Si l'équilibre se rompt, le virus peut se réactiver.
Or le vol spatial affaiblit justement cette surveillance. Selon Emmanuel Drouet, la distribution des cellules immunitaires, la production de cytokines et la fonction des lymphocytes T et des cellules NK peuvent être modifiées. Une étude citée par CNN, menée sur huit astronautes, a mesuré à 90 jours sur l'ISS une activité des cellules NK contre des cellules de leucémie en culture réduite de 50 %.
La micropesanteur n'est pas la seule suspecte. Les astronautes subissent aussi les rayonnements, le confinement, la séparation d'avec leurs proches, un sommeil perturbé et le stress physiologique. D'après Drouet, les données actuelles ne démontrent pas que la micropesanteur agit seule, et la part de chaque facteur reste difficile à quantifier chez l'humain.
Réactivation virale : faut-il craindre la maladie ?
Une réactivation ne signifie pas forcément des symptômes : elle reste souvent silencieuse et se traduit par de l'ADN viral détecté dans la salive ou le sang. Drouet rappelle que détecter le génome d'un virus ne prouve pas à lui seul la production de virus infectieux.
Dans l'étude de la Nasa citée par CNN, seuls six astronautes ont développé des symptômes, tous mineurs. Les chercheurs notent toutefois que des virus infectieux de la varicelle et du zona restaient visibles dans des fluides corporels jusqu'à 30 jours après le retour. Le risque de contaminer d'autres personnes est donc réel, surtout pour les personnes immunodéprimées et les nouveau-nés, selon CNN.

Qui paie, et quels leviers avant Mars ?
Satish Mehta, auteur principal de l'étude de la Nasa, travaille au Johnson Space Center. Sur un trajet vers Mars, qui pourrait durer jusqu'à trois ans aller-retour selon CNN, l'accès aux soins et le retour sur Terre seraient difficiles, souligne Drouet.
Les pistes existent. Selon Mehta, la contre-mesure idéale serait la vaccination, mais elle n'existe pour l'instant que contre la varicelle, et les essais pour les autres herpèsvirus sont peu prometteurs. Les chercheurs travaillent donc sur des traitements ciblés et, selon CNN, sur des contre-mesures par l'exercice, la nutrition et la pharmacologie.
Drouet propose des études longitudinales combinant quantification de l'ADN viral, marqueurs du cycle lytique et analyse des lymphocytes T spécifiques de l'EBV. L'objectif ne serait pas de traiter toute détection, car une réactivation asymptomatique ne justifie pas automatiquement un antiviral, mais de trouver des marqueurs prédictifs d'une évolution défavorable. Cette approche reste à évaluer.
Ce que ça change sur Terre
Ces travaux pourraient aussi éclairer la persistance virale chez les personnes immunodéprimées. Selon Mehta, des technologies de détection rapide des virus dans la salive, développées pour le spatial, sont déjà utilisées dans des cliniques et des hôpitaux dans le monde.
Vos questions
Pourquoi les virus se réactivent-ils chez les astronautes ?
Parce que le système immunitaire, qui maintient ces virus latents sous contrôle, est perturbé en vol. Micropesanteur, rayonnements, stress, confinement et manque de sommeil peuvent se combiner. Selon Emmanuel Drouet, la part de chaque facteur reste mal établie.
Les astronautes tombent-ils malades à cause de ces virus ?
Pas systématiquement. Dans l'étude de la Nasa rapportée par CNN, seuls six astronautes ont eu des symptômes, tous mineurs. La réactivation reste souvent silencieuse et se limite à la détection d'ADN viral.
Existe-t-il un vaccin pour protéger les astronautes ?
Seulement contre la varicelle. Selon Satish Mehta, les essais de vaccins contre les autres herpèsvirus montrent peu de promesses, d'où le travail sur des traitements ciblés.
Combien de temps Sophie Adenot a-t-elle passé sur l'ISS ?
Elle y a passé 237 jours et est revenue sur Terre le 8 octobre 2026. Elle estime que l'être humain n'est pas prêt pour aller sur Mars.
Sources & Références
- The Conversation France — Micropesanteur et réactivation virale : ce que les séjours dans l’espace révèlent de notre immunité, 26 octobre 2026 source principale
- CNN — Spaceflight is activating herpes in astronauts source complémentaire
- Photo — La Station spatiale internationale photographiée depuis le vaisseau SpaceX Crew Dragon lors d'un survol de la station. NASA, Public domain, via Wikimedia Commons. Choisie et vérifiée par IA (pertinence, légende fidèle à la description du fichier, licence libre).
- Photo — Vue de la Station spatiale internationale en orbite au-dessus de la Terre, après son désamarrage de la navette Endeavour. NASA, Public domain, via Wikimedia Commons. Choisie et vérifiée par IA (pertinence, légende fidèle à la description du fichier, licence libre).
- Photo — Un membre d'équipage observe la Terre depuis la coupole de la Station spatiale internationale. NASA/Kayla Barron, Public domain, via Wikimedia Commons. Choisie et vérifiée par IA (pertinence, légende fidèle à la description du fichier, licence libre).
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Citer cet article : Rupturat, « Dans l'espace, les herpèsvirus se réveillent chez les astronautes », 27 octobre 2026, rupturat.com/science/astronautes-herpesvirus-reactivation-immunite-iss-mars/.
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